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par Bernard Picot (Comité Attac Paris nord ouest)
C'est la question posée à Michel Camdessus, ancien Président du FMI, Michel
Albert,
membre du Conseil de surveillance de la Banque de France et Jean Luc
Mouton, pasteur de
L'Eglise Réformée de France et directeur de l'hebdomadaire protestant Réforme le
30 novembre dernier, lors d'une conférence organisée par le Temple de l'Etoile à Paris
17ème.
Michel Albert, après s'être référé à la Tour de Babel, premier exemple biblique de
mondialisation malheureuse, a tenu un discours plutôt optimiste. S'il constate
qu'actuellement les pays riches s'enrichissent encore davantage et que les pays pauvres
s'enfoncent dans la pauvreté, il pense néanmoins qu'à moyen terme une vingtaine de pays
émergents seront tirés vers le haut par la mondialisation. La Chine qui a créé depuis
son ouverture commerciale plus de 100 millions d'emplois et dont l'adhésion à l'OMC
devrait dynamiser le développement
lui semble une raison d'espérer même si l'Afrique est aujourd'hui un contre
exemple.
L'Europe doit venir corriger les excès du libéralisme américain, sachant que seule la
loi, qui plus est internationale, peut encadrer le marché. A cet
égard, l'OMC est un
outil utile mais perfectible qui doit permettre de rapprocher les points de
vue.
Michel Camdessus, s'est présenté comme un catholique pratiquant, heureux d'avoir une
occasion de prédication. Son propos fut en effet celui d'un extra terrestre, abordant la
mondialisation dans les nuages de l'irréel et l'ivresse de la
béatitude.
Après avoir rappelé que créditeurs et débiteurs étaient dans le même
bateau, qu'il
existait une solidarité de fait entre les pays, que chaque pays avait son destin en
mains, que la confiance était continuellement à bâtir et que le ciment de l'économie
était le don et non pas le marché. Il convient donc de le réintroduire dans les
relations internationales.
L'orateur mentionne les chances offertes par l'unification des marchés et les nouvelles
technologies. Il évoqua la dernière réunion de Prague où devant les banquiers de la
planète, le chef d'état de Tchéquie, Vaclav Havel, avait appelé à une re fondation du
monde sur un nouveau système de valeurs, fondée sur la spiritualité
humaine. Il faut, disait-il, retrouver le sens de la citoyenneté et aller
au-delà de l'intérêt immédiat
d'un groupe de pays.
M. Camdessus fait siens ces propos. La promotion de l'Homme, la défense de
l'environnement doivent être le socle d'une politique internationale. Le monde a oublié
ses engagements de solidarité et de protection de l'intérêt
général. La responsabilité, la solidarité, une nouvelle citoyenneté sont les trois valeurs
clés.
Après ces lapalissades lénifiantes et revenant sur terre, M. Camdessus assume la
défense du FMI qui a débarrassé le monde de l'inflation, cet impôt des pauvres. Cette
organisation de 182 pays cherche à rétablir
la confiance en cas de crise. Elle sait être audacieuse comme lorsqu'elle vend son or
pour augmenter ses ressources et ses capacités de prêt.
Bref, comme chrétien et président du FMI, M. Camdessus est un homme à l'aise : il se
dit au service des pauvres.
Interrogé sur la taxe Tobin, il en salue la générosité pour la juger inapplicable,
comme M. Fabius lui même a dû en convenir. Il est plus urgent de régler le sort des
pays off shore. Et plutôt que de taxer l'insaisissable spéculation financière, pourquoi
ne pas imposer les exportations d'armes, commerce d'état facilement identifiable ?
Jean Luc Mouton, directeur de Réforme, hasarda devant ses prestigieux collègues que si
le christianisme était un universalisme et de ce fait ouvert au monde, la mondialisation
actuelle lui semblait un processus « sans sujet » et qu'elle se faisait sans les hommes.
Le monde devait-il être mis sous le pilotage automatique de l'économie ? Et la
nécessité d'obéir au marché ne nous ramenait-elle pas à la fatalité et au destin ?
Soirée intéressante qui illustre le retour d'une « bonne conscience » qu'on
croyait d'un autre âge chez un très haut responsable du FMI. Discours d'autant
plus dangereux que le simplisme de ce discours doucereux n'est pas exempt de séduction à
en juger par l'accueil d'une grande partie du public.
Le groupe Attac Paris Nord Ouest a profité de l'occasion pour distribuer de nombreux
tracts et, à l'issue de la conférence interpeller M. Camdessus. Interrogé sur la
dureté du plan FMI imposé à l'Argentine, il nous a déclaré que la comparaison de deux
groupes de pays, l'un soumis à une intervention de cette organisation, l'autre ne
l'étant pas, tournait à l'avantage du premier. On en resta là ! Pour ce
soir.
INFORMATION ATTAC (n°198) Mardi 02/01/2001
Ce courriel d'information a été mis au point par
l'équipe de
bénévoles du Grain de sable. <journal@attac.org> <http://attac.org>
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